LA POLITIQUE PORTUGAISE DÉCRYPTÉE


L'élection présidentielle se déroulera le prochain 24 janvier au Portugal. Avant de donner quelques informations sur le scrutin, voici une brève synthèse de ses mécanismes, au travers des institutions et des partis en présence.


LES INSTITUTIONS



La constitution portugaise de l’après 25 avril 1974, date de la chute de la dictature, plusieurs fois modifiée, est sans doute l’une des plus proche du régime français.


Elle se caractérise par :




Un Président, élu au suffrage universel pour 5 ans renouvelables et doté de pouvoirs importants dont :

- la nomination du premier ministre (et dans des circonstances exceptionnelles sa destitution).

- le droit de dissoudre l’assemblée nationale.

- le droit de veto à certaines décisions de celle-ci.

Certains de ses pouvoirs vont bien au-delà de son équivalent français sans que le régime ne soit qualifié de présidentiel.


Une Présidence longtemps exercée par les leaders incontestés tant de la gauche (Mario Soares 1986-1996) que de la droite (Anibal Cavaco Silva 2006-2016) ou par Jorge Sampaio 1996-2006, un des principaux dirigeant socialiste.

Pour autant, à la différence de la France, le Président n’a jamais été porteur d’un projet politique ou de gouvernement. Ils ont affronté des situations de « cohabitation » sans éprouver la nécessité de mettre en adéquation les majorités présidentielles et parlementaires : la caractéristique essentielle du pouvoir présidentiel étant la fonction d’arbitrage dans le fonctionnement des organes institutionnels et non la poursuite d’une action politique.


Un premier ministre qui conduit la politique de la nation sous l’étroit contrôle de l’assemblée nationale, seul organe parlementaire, élue au scrutin proportionnel.

Les gouvernements de coalition ou minoritaires sont nombreux dans l’histoire de la république portugaise sans que cela entraine des crises politiques majeures ou une quelconque instabilité ministérielle.


Un tribunal constitutionnel composé uniquement de juges de métier, contrairement à notre Conseil Constitutionnel, dont le rôle est important, la constitution étant porteuse de nombreux droits économiques et sociaux entrant parfois en conflit avec les lois votées.


Des communes (conselhos) peu nombreuses aux larges attributions rassemblant des entités plus petites (juntas de freguesias) et sans autre écran avec le pouvoir central.




LA VIE POLITIQUE


Après la révolution surgirent ou ressurgirent 4 partis principaux : le parti socialiste, le parti communiste, le parti social-démocrate (PSD centre droit), le Centre démocratique et social (CDS droite démocrate chrétienne).


Avec la présidence du général Eanes (1976-1986) qui fut le premier élu au suffrage universel, s’opère la transition vers le régime parlementaire actuel : le PS et PSD s’affirmant comme les partis dominants à la tête de coalitions de gouvernement.


Dans les dernières années l’influence du PC et surtout du CDS s’est notablement amoindrie tandis que se sont imposés de nouveaux venus tels que le bloc de gauche (BP) ou le PAN (animalier et écologique) et plus récemment le parti d’extrême droite Chega (« ça suffit »).


Le gouvernement minoritaire d’Antonio Costa PS doit trouver des alliés sur sa gauche pour faire voter ses projets ou le budget. Ces derniers mois, cet exercice s’est avéré de plus en plus difficile, sous l’effet d’une certaine radicalisation de la vie politique, due probablement aux conséquences économiques et sociales de la pandémie et à une certaine médiatisation des thèmes populistes.


Il est symptomatique que l’état d’urgence ne soit à l´heure actuelle prolongé qu’avec le concours du PS et du PSD, tous les autres partis prenant prétexte pour ne prendre aucune responsabilité dans cette situation.

Il s’agit d’une évolution inédite, voire dangereuse, de la vie politique qu’il conviendra d’observer dans les prochains mois.


L’élection présidentielle du 24 janvier

Malgré ce climat politique quelque peu détérioré, la réélection de Marcelo Rebelo Sousa, déjà élu au 1er tour en 2016, ne fait aucun doute. Personnage atypique dans son propre parti le PSD, il a su gagner la confiance de la majorité d’à peu près tout l' électorat de droite ou de gauche en assumant une présidence très consensuelle. Professeur de droit constitutionnel mais aussi ancien chroniqueur à la télévision, il a su à l’époque des tweet ou des réseaux sociaux inaugurer une nouvelle forme de communication directe et simple, centrée sur le commentaire à chaud des évènements d’actualité, décernant bons et mauvais points selon les cas, sur un mode qui se veut dénué de toute opinion partisane. Le PS a laissé la liberté de vote à ses électeurs tandis que le premier ministre n’a pas caché son soutien quasi explicite au Président sortant.


Le style présidentiel, presque apolitique, laisse un grand espace au leader du parti Chega André Ventura, sans compter les circonstances et le battage médiatique fait autour de sa personne ou de ses faits et gestes. Face à lui, la candidate membre du PS Anna Gomes, diplomate et ex membre du parlement européen lui disputera la 2ème place.


Les autres candidatures, peu nombreuses, sont de simple figuration alors que les candidats du BP ou du PC sont là pour geler leurs voix surtout vis à vis d’André Ventura et Ana Gomes.


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